Malgré les opportunités économiques que l’eucalyptus offre, il peut s’avérer néfaste pour l’environnement. L’exemple de la province de Kayanza est assez éloquent. Faut-il continuer à répandre l’eucalyptus dans le pays ? Difficile à répondre. Recherches et réalités sur le terrain.

L’eucalyptus, une essence omniprésente au Burundi. Il se répand au marché de bois comme dans les plantations paysannes, garnit les salons et les chambres des maisons en meubles sur lesquels on s’assoit ou on dort. En prime, il est le moteur de la cuisine burundaise. Néanmoins, son expansion ne date pas d’hier.

Originaire d’Australie, l’eucalyptus a été introduit au Burundi à l’époque coloniale en 1931 par les Belges pour compenser la perte de forêts naturelles menacées par la coupe du bois de chauffage. A l’époque, sept principales espèces d’eucalyptus furent introduites, à savoir E. camaldulensis, E. tereticornis, E. rudis, E. maïdenii, E. botryoides, E. robusta et E. resinifera.

Selon professeur André Nduwimana, forestier à l’université du Burundi, l’eucalyptus a connu l’expansion au Burundi car, il avait montré des potentialités de pouvoir se multiplier rapidement.

Pr André Nduwimana, enseignant-chercheur à l’université du Burundi expliquant l’importance socioéconomique et les défis environnmentaux du bois d’eucalyptus

Dans son étude « Regard critique sur les impacts socio-économiques et écologiques des peuplements d’eucalyptus au Burundi. » publié au CIRAD, le chercheur soutient que l’eucalyptus atteint l’âge d’exploitabilité en cinq ans alors que d’autres essences locales comme Pterocarpus tinctorius mettent  plus de cinquante ans pour être récoltées.

« A l’âge de cinq ans, il peut être récolté pour produire du charbon de bois tandis qu’à partir de 7ans, on peut le scier pour produire les planches. », précise-t-il.

En outre, sa production est exceptionnelle et atteint 60 m3 par hectare à l’âge de cinq et huit ans dans certaines parties du pays. Ce qui permet de subvenir aux besoins croissants ressentis.

Contrairement à d’autres espèces qui meurent après la récolte, l’eucalyptus rejette. Et le plus important, c’est qu’il résiste aux attaques d’insectes, fait-il observer.

Restauration de la couverture forestière

Les qualités de l’eucalyptus ont conquis le reboiseur (le gouvernement) à tel point qu’il en a fait un des genres préférés de vulgarisation. Après les Belges en effet, le gouvernement du Burundi lancera un vaste programme de restaurer la couverture forestière en voie d’extinction à la fin des années 70. Jusqu’en 1976, les superficies plantées en Eucalyptus s’élevaient à environ 25.000 hectares au Burundi.

Les efforts de reboisement ont alors permis d’augmenter le couvert forestier de 3% en 1978 à 8% en 1992. L‘eucalyptus occupait une place prépondérante parmi les espèces reboisées, indique Pr. Nduwimana. Plus de la moitié d’eucalyptus reboisés sont de l’espèce E. maïdenii, poursuit-il.

Pendant trois campagnes sylvicoles consécutives (2019-2020 ; 2020-2021 et 2021-2022) du Programme Ewe Burundi Urambaye, les plants d’eucalyptus représentent également plus de 60 % des plants produits dans les 17 provinces rurales du Burundi.

Dans le Projet de restauration et résilience des paysages du Burundi (PRRPB), les proportions des plants d’eucalyptus produits pour la campagne sylvicole 2021-2022 dépassent le taux de 50 %.

Actuellement, ce sont les espèces eucalyptus grandis et eucalyptus saligna qui sont prisées à la suite de leur croissance rapide et de la qualité du bois essentiellement pour les perches et le sciage, constate professeur Nduwimana. La couverture forestière au Burundi représente environ 10,8% des terres émergées dont environ la moitié est constituée de forêts plantées, dit-il en citant l’OBPE (Office burundais pour la Protection de l’environnement).

Créateur de richesse

Les qualités de l’eucalyptus ont également séduit les paysans arboriculteurs. En conséquence, ils les ont multipliés dans leurs propres parcelles.

Pépinière de plants d’eucalyptus d’arboriculteur Victor Bucumi, située sur la colline Gihororo de la l’ancienne commune Gatara, située au nord du pays

Depuis plus de dix ans, Victor Bucumi multiplie les plants d’eucalyptus sur sa colline Gihororo de la commune Gatara en province de Kayanza, située au nord du pays. Ses services sont très sollicités en communes Gatara et Matongo de la même province.  C’est lui qui les plante également. « Chaque plant d’eucalyptus coûte 250 BIF. Ici, j’embauche les ouvriers journaliers qui transportent, sur la tête ou sur bicyclette, dans les champs, les plants d’arbres et qui m’aident à les planter », raconte-t-il.

En province de Kayanza située à environ 110km de la capitale économique Bujumbura, les paysans ont des plantations d’eucalyptus aussi vastes que celles des cultures vivrières. « Ne cultive pas l’eucalyptus le paysan qui a de petites parcelles de terrain ou qui n’en a pas tout court. », révèle Victor Bucumi.

Chaque année, Bucumi produit et écoule entre 10 et 20 mille plants d’eucalyptus. La demande grandit au fur et à mesure que les années passent, ce qui veut dire que les paysans continuent à augmenter les plantations d’eucalyptus. « A voir la demande, je projette de doubler les plants d’eucalyptus si Dieu me prête la vie », dit-il.

Le métier d’arboriculteur est très lucratif. Selon Victor Bucumi, une plantation d’arbres de 1 500 eucalyptus vaut environ 20 millions de Bif, soit plus de 6 000 USD. Il ajoute que « l’eucalyptus est une source d’argent intarissable. »

Et si l’eucalyptus supplantait le café ?

Autrefois, les paysans burundais gagnaient beaucoup d’argent provenant de la vente du café parche.  Ils pouvaient alors s’acheter des biens de valeur comme une vache, des tôles métalliques, etc. Actuellement, les choses ont changé. Ce n’est qu’après la vente des plantations d’eucalyptus qu’ils peuvent gagner d’un seul coup un montant de plus de 2 millions, qu’ils peuvent s’offrir ainsi des biens de valeur, indique Désiré Twizerimana, le responsable communal de l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE) de Gatara.

A Kayanza, l’eucalyptus supplante le café. « J’ai déraciné une rangée de ma plantation de café par an et je l‘ai remplacée par une autre rangée de plants d’eucalyptus jusqu’à ce que toute la plantation de café disparaisse et fasse place à une plantation d’eucalyptus. », raconte l’agriculteur Minani.

Selon Pr Nduwimana, il s’agit d’un choix qui peut s’expliquer par le fait que le café aujourd’hui exige beaucoup de travaux alors qu’il rapporte peu au paysan.

Quant à l’économiste, André Nikwigize, le prix d’un kilo de café de 2 800 FBu, soit environ 1$ offert au producteur est insignifiant compte tenu du prix offert sur les marchés internationaux (6, 8$US/kilo sur le marché de New York) et le niveau d’inflation (+40%).

Par ailleurs, les pays voisins du Burundi offrent de meilleurs prix. Nikwigize prend l’exemple de la Tanzanie où le caféiculteur perçoit entre 2,5$ et 4,5$ par kilogramme de café Arabica, celui du Rwanda où il reçoit 3,2 $, et celui de l’Ouganda où il gagne 2,9USD/kg. Pour lui, lorsque le prix offert est bas, l’offre baisse aussi.

La pénibilité du paysan-producteur de café, la longue durée de maturation d’un caféier (3 à 4 ans), les coûts d’entretien, les engrais, les pesticides et le suivi des caféiers, la récolte, le décorticage, le séchage de café, la mobilisation de toute la famille ou de la main-d’œuvre font que le paysan gagnerait plus à utiliser son petit lopin de terre aux plantations d’eucalyptus qui rapporteraient beaucoup plus, et en très peu de temps, comparé à la culture de café.

Pendant ce temps, Nduwimana indique que l’eucalyptus ne demande pas d’entretien une fois planté. Il rapporte relativement plus surtout le bois scié. Il n’exige pas non plus d’intermédiaires pour la vente et rejette une fois coupé.

Et la perception change également. Alors qu’on mesurait, en milieu rural, la richesse d’un homme par le nombre de têtes de bétail ou de plantations de café en sa possession, désormais, on compte le nombre de boisements d’eucalyptus, révèle-t-il.

Malgré tout cela, il n’existe pas de véritable industrie de transformation du bois au Burundi. La grande partie des grumes, que ce soit pour le sciage ou la carbonisation du charbon de bois, est essentiellement traitée manuellement, observe Nduwimana.

Les produits dérivés d’eucalyptus, comme le charbon, les planches, etc. très utilisés en cuisine, en menuiserie ou dans la construction prennent la direction d’autres provinces notamment Bujumbura, la capitale économique.

Au principal marché d’approvisionnement et de vente de bois du Burundi, à savoir le marché de Jabe, certains portefaix déchargent les planches dans les camions, d’autres les rangent en montagne de planches. Situé à environ 4km du centre-ville de Bujumbura, Jabe se voit accueillir chaque jour des tonnes de bois travaillés et bruts. Les marchands de bois écoulent une quantité colossale de meubles simples, modernes ou de luxe notamment les salons, les portes, les fenêtres, etc.

Selon Juvénal Bigirimana, détaillant de planches, Jabe accueille les différents types de planches dont les planches d’eucalyptus et de grevillea. Néanmoins, les planches d’eucalyptus sont majoritaires, souligne-t-il. « Presque tous les meubles sont fabriqués en eucalyptus. L’eucalyptus est pourvoyeur de matériaux et est source d’emplois chez nous », commente-t-il.

A trois kilomètres du marché de Jabe, au marché des meubles de Mutanga Nord communément appelé « Kukabasazi », situé à proximité de la rivière Ntahangwa, les marchands essaient d’attirer, chacun à sa manière, les clients qui le fréquentent pour que ces derniers se dirigent vers leurs ateliers.

Pendant que les marchands exposent les modèles de tables, de salons, de placards, etc., des vrombissements de moteurs, des bruits de scie à main et des coups de marteaux retentissent alternativement ou en même temps à travers les ateliers.

Selon Juvénal Havyarimana, marchand des meubles «la plupart des objets/meubles étalés sont fabriqués en bois d’eucalyptus. N’eut été le bois d’eucalyptus, les meubles seraient rares, chers et inabordables. Nous serions en chômage. Nous n’imaginons pas notre travail sans le bois d’eucalyptus. »

Pr Nduwimana indique que sur 34 sites de vente de planches et de madriers visités dans le cadre de son étude déjà citée, les planches et madriers d’eucalyptus sont vendus sur plus de 70% des sites et représentent environ 90 % de la quantité totale vendue.

Dans les points de vente du charbon de bois, l’eucalyptus se taille la part du lion. « Presque tous ces sacs de charbon de bois sont produits à partir de l’eucalyptus », indique Chantal Niyuhire, détaillante du charbon de bois établie au quartier Nyakabiga, en commune urbaine de Mukaza.

Lors de notre passage, Emelyne Nikuze, une femme d’une trentaine d’années, qui venait s’approvisionner en charbon de bois a demandé à son fournisseur s’il gardait en stock le charbon de bois d’eucalyptus pour effectuer la commande. D’après Nikuze, le charbon de bois d’eucalyptus est solide et est dur sur le brasero.

Son pouvoir calorifique est plus élevé comparé à celui de la plupart d’autres essences locales. « L’eucalyptus de plantation possède une valeur calorifique élevée et peu variable de 4 700 à 4 800 kcal/kg de bois sec. Il produit un charbon de bois de bonne qualité marchande, de pouvoir calorifique double de celui du bois sec et de conservation indéfinie. », renchérit Pr Nduwimana.

Toujours dans son étude, il fait remarquer que sur 52 principaux sites de vente du charbon de bois visités dans la ville de Bujumbura, plus de 70 % vendent le charbon d’eucalyptus qui totalise environ 90% du stock vendu.

Au Burundi, plus de 95% de la population utilise le bois pour faire la cuisson. L‘eucalyptus permet de contenir cette demande jusqu’à 90%. « S’il n’y avait pas eu d’eucalyptus, on n’aurait même pas des reliques d’aires protégées que nous avons aujourd’hui. Les Burundais se seraient rués sur les aires protégées qui auraient déjà disparu », estime Nduwimana.

L’eucalyptus a d’autres usages cités par les paysans comme servir de support pour le haricot volubile, fabriquer des manches pour les houes et les pelles, etc. Il est aussi prisé dans la construction. Il est utile dans plusieurs activités sociales, fait observer Désiré Twizerimana.

Néanmoins, toute coupe d’arbre est subordonnée à la délivrance d’un permis de coupe, précise bien Twizerimana citant le code forestier de 2016. Ce code stipule notamment que la délivrance d’un permis de coupe est subordonnée à l’acquittement préalable des frais d’autorisation de coupe de bois.

De surcroît, le bois paie les taxes et impôts de transport à toutes les barrières de l’OBPE fixées à toutes les entrées de la ville de Bujumbura. Ces taxes et impôts rentrent dans la caisse de l’Etat, ajoute ce responsable en environnement.

Les taxes et impôts contribuent ainsi au développement économique de la société, de la commune en particulier et du pays en général, précise-t-il. Sa contribution à la croissance économique (ou au Produit intérieur brut) demeure néanmoins encore faible (environ 2%).

Amélioration du quotidien des arboriculteurs.

Planter et transformer l’eucalyptus contribue à l’amélioration de la vie rurale et urbaine. « Grâce à la plantation d’arbres, j’ai acheté un terrain où j’entretiens une plantation de 1 500 plants d’eucalyptus qui ont une valeur de 20 millions de BIF quand ils auront atteint la maturité. Je subviens également aux besoins familiaux. Mes enfants vont à l’école sans que je m’endette. », se confie Bucumi.

Il estime que le métier d’arboriculteur enrichit ceux qui le pratiquent, car le marché est garanti. « Avez-vous déjà vu où l’on a jeté les planches ? », s’interroge-t-il.

Les menuisiers ne tarissent pas non plus d’éloges. « Grâce à l’eucalyptus, nous ne tombons jamais dans la pénurie de matériels de fabrication de meubles et nous avons toujours à faire. Cela nous aide à subvenir aux besoins familiaux », témoigne avec fierté Juvénal Havyarimana.

« Lorsque l’on a fondé une famille, même si on a contracté des dettes ici et là, on les rembourse sans difficulté. On vous propose de l‘argent avant même que le bois d’eucalyptus ne soit à maturité », ajoute Bucumi.

De la plantation à la récolte, l’eucalyptus crée beaucoup d’emplois. « A la récolte, la population locale gagne sa vie, soit en sciant, soit en carbonisant le charbon de bois au niveau des fours. Après la transformation, c’est le tour des chauffeurs, des portefaix, de ceux qui chargent et déchargent les camions à destination, etc. à en tirer profit », fait-il savoir.

Désiré Twizerimana confirme que la population locale cultive les eucalyptus pour améliorer ses conditions de vie.

Le cas de Kayanza interroge

L’importance économique de l’eucalyptus a poussé les arboriculteurs à mettre en place des plantations d’eucalyptus en vrac et en grand nombre au niveau des vallées, dans les zones humides et à proximité des cours d’eau, au niveau des collines, dans les champs, sur les pentes et sur le sol rocailleux, etc. Malheureusement, cela présente la médaille et son revers.

Ainsi, des cas d’asséchement des sources d’eau et des zones humides sont signalés.

Pr Nduwimana donne l’exemple du tarissement d’une source d’eau potable aménagée et d’irrigation des cultures de la localité de Ruhororo en 2018, située entre les collines Murago et Gihororo dans la commune Gatara.

« Jusqu’à présent, seules les constructions abandonnées retracent Ruhororo. Nous avons tenté de restaurer la source d’eau en arrachant les plants d’eucalyptus proches et en les remplaçant par des plantations de bananiers, mais c’était trop tard. La source d’eau ne s’est jamais restaurée. Le même phénomène s’est produit pour la source d’eau aménagée dans la vallée de Murago», raconte Victor Bucumi.

L’arboriculteur Victor Bucumi montre avec le doigt les constructions abandonnées retracant l’ancienne source aménagée Ruhororo, située en commune Gatara, au nord du pays. La communauté locale a arraché les boisements d’eucalyptus et les ont remplacés par les bananerais pour tenter de restaurer la source d’eau, mais en vain.

« Les mauvaises pratiques de plantation d’eucalyptus dans des zones proches des cours d’eau sont susceptibles de provoquer l’assèchement et le tarissement des sources et cours d’eau car, l’eucalyptus pompe beaucoup d’eau. Imaginez-vous une espèce avec un arbre pouvant pomper et laisser s’évaporer plus de 200 litres d’eau par heure. C’est énorme. », explique André Nduwimana.

Ce chercheur indique que « les régions les plus sensibles au tarissement sont les zones avec un déficit hydrique car, l’eucalyptus va chercher de l’eau en profondeur, il va accentuer les carences en eau et enfin provoquer l’asséchement du milieu. » 

 Et de nuancer. « Sa caractéristique d’être une essence consommatrice d’eau ne change pas avec le milieu, mais l’ampleur de son impact est fonction du milieu dans lequel il est planté. »

Toujours selon André Nduwimana, les régions des collines et plateaux ou les zones basses des flancs de ces collines sont les régions qui abritent des sources qui peuvent tarir.

En raison de sa consommation excessive d’eau, l‘eucalyptus est même utilisé dans certaines situations pour dessécher des milieux trop humides, ajoute-t-il.

L’eucalyptus n’est pas seulement accusé de consommer beaucoup d’eau, mais aussi d’avoir des effets néfastes sur la biodiversité en empêchant, par l’essence dégagée, le développement des animaux comme les insectes et les oiseaux, explique toujours professeur Nduwimana.

Ses effets ont récemment suscité les débats entre paysans arboriculteurs et les services de vulgarisation. En effet, en 2018, les inquiétudes sur les effets environnementaux ont poussé les services de vulgarisation agricole et l’administration à exiger de force le déracinement des plants d’eucalyptus situés à moins de 15 m des cours d’eau et à les remplacer par des essences autochtones, annonce Pr Nduwimana.

Néanmoins, cette décision a été mal accueillie et même silencieusement combattue dans la pratique par les paysans burundais « Ils ont coupé les bois d’eucalyptus sans toutefois déraciner les souches. Cela n’a pas donné des résultats probants, car les souches ont rejeté d’autres plants d’eucalyptus. Aujourd’hui, les boisements d’eucalyptus se sont encore développés.», souligne -t-il.

Un dilemme

Le dilemme eucalyptus où il est difficile de se positionner par rapport aux défis écologiques et à son importance économique est vécu un peu partout dans le monde. Du Burundi au Sénégal en passant par l’Espagne, on a entendu les environnementalistes décrier les effets négatifs des eucalyptus sur l’environnement tout en ignorant son importance socioéconomique chez les communautés locales qui s’adonnent à son expansion, explique Pr Nduwimana.

A l’en croire, on ne peut pas protéger l’environnement en visant seulement le côté conservation sans prendre en compte les besoins des populations. Pr Nduwimana trouve qu’il faut regarder l’ensemble de cette complémentarité entre l’environnement, le social et l’économie, condition sine qua none du développement durable.

« La conservation doit contribuer au développement durable, car ils sont intimement liés. », observe-t-il

Faut-il s’inquiéter?

Selon le professeur André Nduwimana, on devrait s’inquiéter des plantations d’eucalyptus quand c’est mal fait. Mais, il ne faut pas crier au désastre, car ce sont des effets qu’on peut corriger. Et il faut proposer des voies de correction. En termes de consommation brute de l’eau, l’eucalyptus dépasse de loin les autres espèces. Mais, en termes d’efficience, l’eucalyptus dépasse aussi les autres espèces, car la production par unité d’eau consommée est grande. C’est comme si on comparait une chèvre à une vache en matière de consommation brute d’eau.

L’eucalyptus a une production élevée de matière sèche. Plus il y a beaucoup d’eau, plus la plante aura tendance à en pomper beaucoup. La vitesse d’accroissement ne sera pas la même au niveau des marais où il y a beaucoup d’eau et au niveau des sommets des collines où l’arbre doit en chercher.

Après trois ans seulement, l’eucalyptus aura atteint la maturité au niveau des marais tandis qu’au niveau des sommets des collines, ça prend plus de temps.

L’eucalyptus supporte des conditions difficiles. Il peut pousser et se reproduire dans des conditions où les autres espèces ne le peuvent pas. Professeur Nduwimana recommande de maîtriser l’écologie d’eucalyptus.

Pour ce chercheur, on ne devrait pas s’adonner à des coupes rases des eucalyptus quand il n’y a pas d’autres espèces de remplacement au risque de produire des zones dénudées. Couper des eucalyptus et laisser un terrain nu ? Aura-t-on contribué à la conservation ? questionne-t-il. On aura contribué plutôt à rendre pire l’environnement qui était plus ou moins protégé par l’eucalyptus, réplique-t-il. Pour lui, attaquer l’eucalyptus n’est pas résoudre le problème de l’eau.

Des environnementalistes recommandent la coupe des eucalyptus et oublient que les plantations d’eucalyptus luttent contre l’érosion, protègent les sols dénudés et aident à la formation d’un sol pour les sols rocailleux grâce à leurs longues racines.

Un mal nécessaire

Professeur André Nduwimana tire la conclusion qu’il faut profiter des effets positifs de l’eucalyptus et essayer de minimiser les effets négatifs.

L’eucalyptus parait être en effet pour le Burundi un mal nécessaire. Bien qu’il crée beaucoup de problèmes, il en résout aussi beaucoup.

Pour minimiser les effets négatifs, il faut savoir où planter l’eucalyptus. Il recommande là où les sols ne sont pas très fertiles ni utilisés par la population.  Le planter au sommet des montagnes et au niveau des pentes abruptes contribuerait à lutter contre l’érosion.

Il recommande aussi de planter les eucalyptus dans des zones où les autres espèces n’ont pas pu se développer comme sur les crêtes des collines et de les éloigner des sources et des cours d’eau ainsi que des zones humides.

Si on plante l’eucalyptus dans un endroit relativement fertile, il faudra essayer d’espacer pour permettre le développement d’autres espèces dans ces bois d’eucalyptus.

Sinon, il faudrait qu’ils mettent les espèces d’arbres mixtes, c’est-à dire de mélanger les eucalyptus avec d’autres espèces comme l’acacia. Ce qui favorisera le développement de la biodiversité.

Cet article a été réalisé en partenariat avec InfoNile et grâce au financement de la Fondation JRS Biodiversity et du Programme de partenariat pour l’eau et le développement de l’IHE Delft. Il s’agit d’un travail collaboratif entre de(s) journaliste(s) et de(s) scientifique(s), notamment Arthur Bizimana et le professeur André Nduwimana.

By Arthur Bizimana

Arthur Bizimana est un journaliste burundais multiprimé. Son travail porte sur l’agriculture, l’eau, l’environnement, le changement climatique et l’économie. Il est cofondateur du journal en ligne Ibihe qui traite des questions environnementales. Il a dirigé plusieurs enquêtes collaboratives locales et transfrontalières.

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