Par Ferdinand Mbonihankuye

À la COP30 de Belém, en novembre 2025, l’Afrique a de nouveau porté un message clair : le financement climatique doit répondre aux besoins réels du continent. Dix ans après l’Accord de Paris, les engagements tardent. Les financements promis ne parviennent qu’en partie aux communautés. Pour des pays comme le Burundi, qui subissent de plein fouet les inondations, l’érosion des sols, la perte de récoltes et la pression sur les ressources en eau, l’accès direct et équitable aux fonds reste vital. L’Afrique ne demande pas des aides charitables, mais des investissements qui soutiennent son développement vert, résilient et inclusif.

La Journée de l’Afrique, organisée en marge de la COP30, a réuni ministres, institutions financières régionales, partenaires techniques, jeunesse et société civile. Tous ont défendu une même volonté : faire de l’Afrique une puissance climatique.

Le constat est sévère. Le continent absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. Pourtant, il reçoit une part minime des financements mondiaux dédiés à l’adaptation. Moins de 4 % des émissions globales viennent d’Afrique, mais elle ne capte que 3 % des financements climatiques. Cet écart est devenu impossible à accepter.

Le Burundi en est un exemple concret. Le pays a besoin de renforcer ses infrastructures hydrauliques. Les pluies extrêmes détruisent les routes. Les glissements de terrain déplacent des familles. Les pertes agricoles s’aggravent dans plusieurs provinces. Sans moyens, difficile de protéger les communautés rurales et d’assurer une alimentation stable.

Les dirigeants africains ont rappelé que l’action climatique ne doit plus être reportée. Elle doit être financée à sa juste mesure. Et décidée avec les Africains.

Transformer les ressources africaines en valeur ajoutée

L’Afrique possède des richesses naturelles immenses : soleil, rivières, minéraux essentiels aux technologies vertes. Mais la transformation reste faible. Le cobalt, le manganèse ou le lithium quittent encore le continent sous forme brute. L’emploi, l’innovation et les revenus restent ailleurs.

Cette réalité touche indirectement le Burundi. Le pays n’abrite pas de grands gisements stratégiques. Mais il dépend fortement des importations d’énergie et de matériaux. Une Afrique industrialisée localement offrirait des solutions d’approvisionnement plus accessibles. Moins chères. Mieux adaptées.

Plusieurs intervenants ont souligné que la transition énergétique doit aussi être une transition économique. Produire des batteries, développer un marché du carbone, créer des chaînes de valeur régionales, c’est créer de l’emploi et réduire la pauvreté.

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Le Burundi s’inscrit dans cette dynamique à son échelle. Il mise sur l’hydroélectricité et sur la protection des forêts. Les projets de reboisement autour du lac Tanganyika et dans les collines visent à renforcer les puits de carbone locaux. La restauration des terres dégradées, si elle est financée, peut aussi améliorer la sécurité alimentaire et attirer de nouvelles opportunités dans les zones rurales.

Financement : l’exigence de justice

La réforme du système financier mondial est au cœur du débat. Les pays africains refusent de continuer à s’endetter pour se défendre contre un problème dont ils ne sont pas responsables.

Lors de la COP précédente, à Bakou, les États africains avaient demandé 300 milliards de dollars par an dédiés au continent. Mais la majorité des soutiens promis se sont transformés en dettes supplémentaires. Une situation que beaucoup jugent injuste et dangereuse.

À Belém, le message a changé de ton. L’Afrique parle avec plus de fermeté. Elle exige :un accès direct aux fonds climatiques,des financements non générateurs de dette,des investissements alignés sur les priorités africaines

Pour le Burundi, cela signifie obtenir plus facilement des ressources pour ses projets d’adaptation : protection des berges, irrigation, gestion des eaux pluviales, système d’alerte contre les catastrophes, énergie propre pour les ménages.

Les solutions sont connues. Il manque seulement les financements qui permettent de les appliquer. Le continent appelle donc à un pacte climatique renouvelé, qui reconnaît la valeur des efforts africains, y compris ceux des pays à faibles revenus comme le Burundi.

Un appel à ne laisser personne derrière

La Journée de l’Afrique n’était pas qu’une commémoration. Elle a porté une ambition forte : faire du climat un levier de prospérité sociale. Les financements doivent atteindre les populations. Les jeunes. Les femmes. Les communautés qui restaurent les terres et protègent les forêts.

Ce message résonne au Burundi, où 90 % de la population dépend directement de l’agriculture. Chaque saison bouleversée fragilise des millions de vies. Une transition juste doit offrir des moyens pour s’adapter, mais aussi pour créer de nouveaux métiers verts.

Les dirigeants africains ont conclu que le temps des belles promesses est terminé. L’Afrique ne mendie pas. Elle propose des solutions. Elle protège des biens publics mondiaux. Elle mérite un partenariat équilibré.

À Belém, l’Afrique a parlé d’une seule voix. Le Burundi était à l’écoute. Il attend maintenant les actes.

 

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