Je vis avec un voisin forgeron. Il collecte les houes en fin de vie, « udufuni » en kirundi, jetées dans la poubelle ou dans les bananerais. Il les utilise pour fabriquer des aiguilles, des couteaux… prononce Melchior Nankwahomba, directeur des services sociaux de l’université du Burundi à l’ouverture de la formation et débat qui a eu lieu depuis lundi 23 mars jusqu’au jeudi 26 mars à l’université du Burundi. Organisé par Club Environnement en collaboration avec LVIA, cette formation-débat explore l’économie circulaire et la gestion durable des déchets. Ainsi, il s’inscrit dans le cadre de la journée mondiale zéro déchet qui a lieu le 30 mars chaque année.

Cet exemple de Melchior Nankwahomba illustre parfaitement l’approche de l’économie circulaire. Pr patrice Bigumandondera, enseignant-chercheur à l’université du Burundi explique que l’économie circulaire consiste à extraire, à fabriquer avec une méthodologie bien définie et à utiliser les produits tout en allongeant leurs durées de vie ou en les transformant en fin de vie en d’autres produits utiles, ce qui permet une protection accrue des ressources naturelles.  Bigumandondera apporte ici une nuance : «Cette approche s’oppose à l’ancienne approche qui consiste à extraire, fabriquer, consommer et jeter les produits en fin de vie. Ainsi les ressources naturelles sont très rapidement épuisées, mais aussi les déchets sont partout et les décharges  pleines à craquer, etc.»

« Dans la ville de Bujumbura, l’augmentation de la population et des activités économiques entraînent la production croissante des déchets avec des impacts négatifs sur l’environnement et la santé humaine.» constate également Jean GIRUKWISHAKA, directeur de l’environnement et de l’assainissement.

Néanmoins, ce qui est vu comme un grand problème, commence à devenir des solutions grâce à l’économie circulaire, remarque Pr Oscar Toyi, directeur adjoint du centre de recherche CREDSR : « J’ai été étonné de voir que les plastiques, qu’on voit ici et là, commencent à diminuer parce qu’on commence à les transformer par exemple en matériaux de construction comme des briques, des pavements et même comme des tapis. ».  

Malgré ces bonnes initiatives de l’économie circulaire, le chercheur enseignant Pr patrice Bigumandondera indique que sans l’implication du gouvernement, elles resteront au stade d’essai.  

Pour développer l’économie circulaire, Bigumandondera suggère au gouvernement de mettre en place un cadre légal: « Avant qu’on intègre dans l’économie circulaire, le Burundi avait une direction dans la gestion des déchets. Maintenant il faut cette nouvelle dynamique qui s’inscrit dans le cadre globale et mondiale. Il faut que le gouvernement aussi s’y implique en mettant en place un cadre légal qui va permettre de définir quoi faire et comment le faire pour que cette approche soit bénéfique pour notre pays. En mettant en place des textes qui traduisent les actes en un texte auquel tout le monde va s’inspirer  pour travailler dans l’économie circulaire.»

En se basant sur l’implication de tous les acteurs qui a marqué l’organisation de la journée Zéro déchet, Antoine de Kervern, représentant de LVIA au Burundi a l’espoir que les choses vont bouger : «Cette activité est possible, grâce à l’implication de tout type d’acteur. C’est pour moi une grande réussite de pouvoir asseoir à la même table une banque comme la Bancobu qui s’engage, qui permet à l’activité d’avoir lieu, une marque d’eau minérale comme Kinju qui recycle les bouteilles en plastique et qui sensibilise également sur l’utilisation de ces bouteilles. C’est un événement qui réveille tout l’écosystème burundais : administration, société civile, secteur privé et milieu académique. Je suis enthousiaste de la qualité des activités de cette semaine et du changement de comportement futur en gestion responsable des déchets.»

Selon Thierry Nizigiyimana, représentant du Club Environnement, cette activité vise à sensibiliser et à outiller la jeunesse universitaire ainsi que la population à une gestion rationnelle des déchets, basés sur les principes de l’économie circulaire et du développement durable.

By Arthur Bizimana

Arthur Bizimana est un journaliste burundais multiprimé. Son travail porte sur l’agriculture, l’eau, l’environnement, le changement climatique et l’économie. Il est cofondateur du journal en ligne Ibihe qui traite des questions environnementales. Il a dirigé plusieurs enquêtes collaboratives locales et transfrontalières.

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